C’est l’un de nos acteurs les plus singuliers. L’un des plus anglophiles aussi. Déjà au générique des films Marie-Antoinette de Sofia Coppola et The French Dispatch de Wes Anderson, Guillaume Gallienne s’exporte cette fois-ci sur le petit écran. Dans The Regime, le sociétaire de la Comédie-Française de 52 ans se retrouve plongé au cœur d’un État autoritaire d’Europe centrale sur le point de s’effondrer. Son personnage, Nicholas Vernham, n’est autre que l’époux de la chancelière Elena Vernham (fabuleuse Kate Winslet), aussi insolente et assoiffée de pouvoir qu’elle est germaphobe.
L’équilibre de leur vie dorée sera mis à mal par l’arrivée du soldat Herbet Zubak (le Belge Matthias Schoenaerts) qui va s’immiscer dans l’esprit, et surtout le cœur, de la redoutable dirigeante. Réalisée par Stephen Frears (The Queen) et Jessica Hobbs (The Crown), cette mini-série à l’humour grinçant née de l’imagination de Will Tracy (Succession, Le Menu) se compose de six épisodes qu’il vaut mieux déguster patiemment plutôt qu’enchaîner. "Je suis bien d’accord", nous répond Guillaume Gallienne alors que le premier est disponible ce lundi 4 mars sur le Pass Warner via Prime Video.
Kate Winslet, elle est démente !Guillaume Gallienne
Il y a trois ans, vous étiez le père de Timothée Chalamet dans The French Dispatch de Wes Anderson. Vous voici marié à Kate Winslet. Comment le scénario de The Regime est-il arrivé jusqu’à vous ?
Grâce à Leo Davis, la directrice de casting de Stephen Frears. On s’est rencontrés en 2014 au Festival de Berlin quand je présentais Yves Saint Laurent, ça remonte ! Depuis, tous les ans, elle revenait vers moi en me disant qu’elle avait "un projet génial". Mais j’étais retenu au théâtre. J’avais demandé du temps pour travailler sur une autre série internationale, qui ne s’est pas faite au final. Puis Leo m’a appelé à nouveau. Cadeau !
C’est la plume corrosive de Will Tracy qui vous a séduit ?
En premier lieu, oui ! L’humour noir, le côté déjanté et l’originalité de la série. Je n’avais jamais lu ça. Puis c’est quand même Stephen Frears. Je suis fan de son travail depuis My Beautiful Laundrette et Prick Up Your Ears. Et puis Kate Winslet ! Elle est démente, aussi géniale humainement qu’en tant qu’actrice. Vraiment !
Comment s’est passée la première rencontre avec Kate Winslet ?
C’était pour une lecture, on devait enchaîner les six épisodes autour d’une table absolument gigantesque. Il y avait tout le monde, les équipes de HBO en Californie étaient sur Zoom. On m’a mis dans une loge, j’en suis sorti pour aller me prendre un café et je suis passé devant une porte ouverte. C’était la loge de Kate, qui m’a vu et a fait "Oh my god !". On s’est pris dans les bras et c’était fait.
Il ne fallait pas penser que c'était 'The Crown', parce que ce n'est pas 'The Crown'Guillaume Gallienne
La série a d’abord été annoncée sous le titre The Palace avant d’être renommée The Regime. Qu’est-ce que ce changement dit de cette fiction ?
Il ne fallait pas penser que c’était The Crown. Parce que ce n’est pas The Crown. C’est une satire, presque plus sur le pouvoir que sur le statut. C’est quand même le régime autoritaire d'une chancelière qui est vraiment dans la dualité entre son amour pour le pouvoir et son amour pour cette espèce de soldat inconnu, Zubak, qui débarque pour sa sécurité. Lui-même est partagé entre la culpabilité d’un acte qu’il a commis, son ambition et son désir.
Dans les notes de production, Kate Winslet explique justement que The Regime, c’est aussi "une histoire d'amour tordue entre deux personnes qui n'auraient jamais dû tomber amoureuses". Pas de chance, votre personnage tient la chandelle. Vous diriez que Nicholas Vernham, c’est un fusible mais un fusible combattif ?
Oui, oui ! Il a l’air comme ça perché dans son arrogance. Il n’est pas très intelligent, ça c’est sûr, mais il est malin. Il sait manœuvrer. Il est complice avec elle, notamment dans la corruption. Ils se connaissent très bien, depuis très longtemps. Ça a été une passion entre eux, il a quitté femme et enfants pour elle. Après, je crois qu’il est soumis. Il se fait bouffer par elle mais il aime bien ce rôle-là. Le deuxième jour de tournage, Stephen Frears m’a dit : "C’est quoi déjà, cette pièce de Molière ? Le cocu magnifique ? C’est toi" (il sourit).
Nicholas n’était pas français dans le scénario avant que vous ne soyez engagé. La première fois qu’on le voit, il donne une interview à Vogue US puis on apprend qu’il est la tête de l’ONG nationale de poésie. C’est vous qui lui avez insufflé votre amour des mots ?
Je crois que c’était déjà dans le scénario. La première fois que j’ai rencontré Stephen Frears, c’était par Zoom. J’étais dans ma loge à l’Opéra de Paris où je mettais en scène La Cenerentola. Il m’a demandé ce que je faisais là, je lui ai répondu et il m’a dit "Oh mon dieu, un intellectuel…" Donc ça correspondait, j’imagine. Ils ont décidé que Nicholas serait français parce que je crois que c’est impensable pour des Anglais qu’un Français puisse jouer un Anglais. (il sourit)
La question s’est posée po...
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